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Poésie ? Nouvelle ? Essai ? Chronique ? Comme les précédents titres de rhubarbe, peut-être avec plus d'acuité, même, cette Lettre de Canfranc est décidément inclassable. Pourquoi faudrait-il la classer ? L'entre-deux, entre combien au juste ?, n'est pas pour rien dans le charme qui naît à la lecture de ce texte ferroviaire. Il y a de la mélancolie, de la nostalgie, du souvenir plein les yeux mais aussi du concret, de l'information historique, technique et économique à propos d'une gare parmi les plus étonnantes. Il y a de la rêverie et de la parole, c'est une lettre, on ne l'oublie pas, qu'un auteur adresse à une lectrice. Et cet auteur est lui-même tout à la fois poète (une dizaine de recueils publiés), romancier, nouvelliste, essayiste et... journaliste. Impossible donc, c'est un comble !, de rendre compte en quelques mots de ces pages foisonnantes. Peut-être, après tout, en en revenant au voyage, à l'exploration, à la curiosité, à l'éveil... C'est encore trop. Un seul mot suffira : l'amour. L'auteur est amoureux du réel. Jusque dans son effilochement. Qui ne le suivrait sur cette voie ? ils en ont dit :
...Il y a un abime entre le réel qu'explore le journaliste et les souvenirs. C'est dans cette faille que s'installe Baglin pour écrire... Lucien Wasselin, La Tribune de la Région Minière 15 novembre 2006 La Lettre de Canfranc rayonne de la "merveille et de la précarité d'être un humain" dans la fraternelle "faim du monde". De ces lignes, "(notre) vie s'augmente, (nos) peurs s'apprivoisent". Gilles Sicard, Poésie 1 (Cherche midi ed.), septembre 2006
Canfranc, c'est une gare, une immense gare, à la frontière franco-espagnole, là où les rails n'ont pas le même écartement, laissée à l'abandon depuis 1970. Le Michel Baglin, journaliste à la Dépêche du Midi, en atteste dans son reportage. Mais le Michel Baglin, nouvelliste, romancier et poète, n'en reste pas là. Quel plus beau paradoxe pour un écrivain que cette zone ferroviaire en déréliction, entièrement vouée au voyage, au passage, à l'activité transfrontalière, soudain figée sur place, tombant en ruines, engluée dans un immobilisme inquiétant. L'imagination enrubanne ces hangars détériorés, ces quais délabrés, ces bâtiments en friche, à travers une manière d'échange épistolaire avec un personnage témoin. Canfranc, c'est l'épiphénomène d'une vie arrêtée net, verre éclaté, qu'on parcourt dans tous les sens sans percevoir le moindre souffle. Une matérialisation majuscule d'une après-vie d'autant plus incroyable qu'elle existe bien et grandeur nature. Jacmo, Décharge n°129
De Canfranc en Espagne où
son journal l’a envoyé en reportage, le narrateur, qui est aussi écrivain,
profite d’un moment de répit pour répondre au courrier de l’une de ses
lectrices, amoureuse comme lui de l’univers ferroviaire. La gare de Canfranc
constitue le décor privilégié de ce récit entrecoupé des fragments
constitutifs d'une longue lettre à Lise B. Une gare immense et cependant quasi
désaffectée - trois trains quotidiens lui assure encore un semblant de trafic
- n'ayant pas tenu le rôle escompté de station phare d'une liaison ferroviaire
entre la France et l'Espagne, liaison suspendue depuis 35 ans. Malgré son air
d'abandon, ce paysage en friche attise la curiosité du narrateur pas avare
d'imagination. Que l'or nazi ait transité par cette gare - c'est l'objet de
sa mission ici - ne l'intéresse que « professionnellement. » Qui, du poète
ou du journaliste, approchera la réalité au plus près ? Affublé des deux
casquettes, Michel Baglin penche plutôt pour l'expression poétique, plus apte
selon lui à transmettre l'intimité d'un lieu, comme ici l'insaisissable de
terrains vagues porteurs d'histoires innombrables parties se poursuivre sous
d'autres latitudes, quand le poète débarqué là en invente, avec l'aide du
journaliste, des réminiscences troublantes de vérité. Alain Helissen, Diérèse n°32
Prix
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Copyright © 2005 Editions Rhubarbe
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